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District 1620 : Actualité du district

 


Au delà de la triple abdication - 07/06/2007

Réaffirmer la primauté de la vie et du vivre ensemble

Riccardo Petrella
Riccardo Petrella

Les classes dirigeantes du monde, aussi dans les pays dits "en voie de développement" (expression devenue désormais vieillotte pour ne pas dire mystificatrice), semblent avoir abdiqué par rapport aux objectifs du droit de tout être humain à une vie digne et décente et d’une société saine, juste, solidaire.

On assiste, en fait, à une triple abdication.

Une abdication éthique, humaine, avant tout, qui se matérialise par le fait d’avoir accepté l’idée qu’il ne plus possible pour la communauté mondiale de se donner comme objectif atteignable dans un laps de temps raisonnable – une génération - celui de l’éradication de la pauvreté et donc de l’accès à l’eau potable saine pour tous. La Déclaration du Millénaire approuvée par tous les Etats du monde en septembre 2000 à New York aux Nations Unies est, à cet égard, on ne peut plus claire. Les Objectifs du Millénaire pour le Développement que les dirigeants du monde se sont donnés à atteindre en l’an 2015 affirment que le maximum d’ambition que l’on puisse se fixer est de réduire de moitié en 2015 le nombre des personnes "extrêmement pauvres" (c’est-à-dire 1,3 milliard de personnes, qui ont moins de 1 $ par jour de revenu) alors que les "pauvres" (ayant un revenu inférieur à 2 $ par jour) sont 2,8 milliards (données 2004). Sur base de ces présupposés, les pauvres seront plus de 3 milliards en 2015. L’abdication est nette : on a considéré que la pauvreté est un fait "naturel", inévitable, en Afrique, en Asie, en Amérique latine qui est destiné à sa pérenniser. Que les Suédois ou les Danois aient réussi à le faire est considéré un fait non susceptible d’être reproduit dans les pays dits "en voie de développement". On nous dit, au fond, que le droit de vivre ne peut pas appartenir à tout le monde.

Une abdication éco-nomique ( à la fois écologique et économique), ensuite, qui consiste à faire un usage prédateur et dévastateur de la "ressource" eau et du "bien commun" eau, en la/le rendant de plus en plus rare en raison de la permanente et croissante contamination des eaux des nappes, de la pollution des rivières et des lacs, des prélèvements excessifs et inconsidérés (que l’on pense à l’irrigation agricole par pulvérisation dont 40% est perdue par évapotranspiration, pour ne pas parler des "folies d’eau" , les gaspillages liés aux champs de golf alors que à coté de ces champs se développent, souvent, dans les pays pauvres des bidonvilles privées d’eau potable saine pour des centaines de milliers de personnes). La raréfaction de l’eau. dont les pays riches se rendent compte en raison des phénomènes de plus en plus fréquents de sécheresse, est le produit d’une abdication collective face aux impératifs "mystiques" de la croissance de la productivité et de la consommation. Elle a peu de chose à voir avec la Nature, mais beaucoup avec nos modèles de "richesse" (qui se révèlent, en définitive, des modèles d’appauvrissement). La raréfaction et destruction de l’eau bonne disponible pour usage humain conduit inévitablement à des conflits entre groupes sociaux et populations/pays : les guerres de l’eau font davantage parler de l’eau que le partage des eaux communes. Le futur est donné comme conflictuel, alors que la rhétorique continue à parler de l’eau comme un instrument de paix, de fraternité et de solidarité.

Une abdication politico-sociale, enfin, représentée par la tendance jusqu’ici estimée inévitable de la marchandisation de l’eau, réduite à un bien économique, marchand, et donc susceptible d’appropriation à titre privé notamment en ce qui concerne sa production, gestion et distribution. Au cours des années ‘80 et ‘90 , même les dirigeants politiques dits de gauche n’ont pas résisté aux sirènes de la prétendue modernisation des services publiques locaux qui devait passer par leur privatisation et marchandisation. L’abdication face au dieu marché et à la divinité du capital financier a été considérable dans le domaine de l’eau et, plus en général, des droits humains et sociaux.

L’alternative aux trois abdications est un impératif moral et politique pour tout dirigeant soucieux du bien commun et des droits humains. Par ailleurs, l’alternative est possible comme le montrent les révoltes populaires en Argentine, en Uruguay, en Bolivie, au Brésil, en Inde, au Pakistan, au Bangladesh, au Ghana, en Afrique du Sud, au Niger, ainsi que les résistances et oppositions croissantes à la privatisation en France, en Italie, au Québec, en Espagne, aux Pays Bas, au Japon, en Belgique….

L’alternative passe surtout par un principe fondamental, la déclaration de l’illégalité de la pauvreté qui comporte la reconnaissance du droit humain, universel, à l’accès à l’eau potable saine et de l’eau en tant que bien commun, patrimoine de l’humanité. Les villes ont, à cet égard, un rôle essentiel et stratégique à jouer, car l’accès à l’eau fait partie des services vitaux de proximité dont la "cité" devrait être et est le lieu naturel d’accomplissement.

Par Riccardo Petrella
Fondateur du Comité International pour le Contrat Mondial de l’Eau
Conférence du district 1620 – 2 juin 2007

 

 

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