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Les fantastiques progrès qui nous attendent

Combien d'années de recherches pour mettre au point un nouveau médicament ?
Combien d’années de recherches pour mettre au point un nouveau médicament ?

Après la distribution, le transport aérien et le tour du monde en ballon, l’homme d’affaires anglais Richard Branson a une nouvelle lubie : en février dernier, il a annoncé l’ouverture de la Virgin Health Bank, où l’on pourra, moyennant 2.300 €, stocker le sang de cordon ombilical des nouveau-nés. Ce fluide, riche en cellules souches (c’est-à-dire pas encore développées), pourrait être utilisé, d’ici quelques années, pour guérir des maladies aujourd’hui incurables (Alzheimer, Parkinson, cancers) ou réparer des organes.

Délire de milliardaire ? Pas du tout. La thérapie cellulaire est bel et bien l’une des techniques les plus prometteuses de la médecine. Mais c’est loin d’être la seule : il ne se passe pas une semaine sans qu’une équipe de ‘blouses blanches’ annonce une découverte révolutionnaire. La recherche foisonne et d’incroyables progrès s’annoncent. En vingt ans, nos vies vont être bouleversées : vaccin antitabac, œil artificiel, chirurgie à distance, bactéries domestiquées…

 

Les biotechnologies remplaceront la synthèse chimique

Dans tous les domaines, des médicaments proches du lancement commercial ou des thérapies balbutiantes soulèvent d’immenses espoirs. Mais aussi pas mal de craintes. Car ces techniques sophistiquées menacent de faire voler en éclats le financement de nos systèmes de santé et de compromettre l’égalité d’accès aux soins.

En attendant, le bouillonnement de la science fait le bonheur de l’industrie pharmaceutique. L’an dernier, 31 nouvelles molécules ont été lancées sur le marché. Fin 2007, le chiffre d’affaires mondial du secteur devrait atteindre 685 milliards US$. C’est que la recherche du quart de siècle écoulé commence enfin à produire des applications concrètes. Ainsi, la connaissance du génome (la carte d’identité génétique de l’homme) révolutionne la pharmacie. Depuis toujours, on imitait en laboratoire des molécules présentes dans la nature (l’aspirine reproduit un acide présent dans une fleur). Mais le règne de la chimie touche à sa fin. Aujourd’hui, on fabrique des médicaments provenant directement de cellules vivantes. Ces ‘biomédicaments’, très complexes, mais bien plus efficaces que les bonnes vieilles drogues, ont déjà permis d’améliorer le sort des malades du sida : en 1999, leur espérance de vie moyenne ne dépassait pas 26 mois. Grâce aux antirétroviraux issus des biotechs, elle a été multipliée par dix. Et ce n’est qu’un début : les labos annoncent la création de 150 à 200 nouveaux biomédicaments dans les cinq ans à venir.

Plus efficaces, les biotechnologies promettent aussi l’essor de traitements personnalisés, adaptés à chaque patient. Exemple : aujourd’hui, chaque malade du cancer réagit différemment à la chimiothérapie. Grâce à une connaissance plus fine des comportements cellulaires, on mesurera la réceptivité de chacun, pour prescrire en conséquence. Du sur-mesure, en quelque sorte.

La biologie ne sera pas la seule source d’avancées. Les chercheurs sont en train de faire profiter l’homme des progrès démentiels de l’électronique. En nanomédecine (on utilise des instruments de l’ordre du nanomètre, soit un milliardième de mètre), des capteurs exploreront le système circulatoire ou pénétreront au sein même des cellules pour y repérer des anomalies, comme les cancers, dès leur apparition.

 

Les essais cliniques coûtent 20.000 € par patient

À l’échelle au-dessus, l’informatique fait aussi son entrée dans le corps humain. Des patients portent déjà des pacemakers dotés de puces électroniques, pour détecter un arrêt cardiaque. À l’avenir, ces dispositifs communiqueront avec le système nerveux. Le japonais Hitachi a ainsi mis au point une sorte de casque qui interprète l’activité cérébrale et permet d’actionner une machine par la pensée. Pour l’instant, les ingénieurs savent faire démarrer un petit train électrique en chantant et l’arrêter en faisant du calcul mental ! Mais un jour, ils permettront à un paralysé de commander son fauteuil. Ces interfaces homme-machine vont se développer et, comme pour les microprocesseurs des ordinateurs, la capacité de mémoire des puces greffées dans le corps doublera tous les 18 mois.

L’imagination sans limites des chercheurs va cependant se heurter à la faramineuse envolée des coûts d’élaboration des traitements. Développer une nouvelle molécule coûte aujourd’hui plus de 800 millions US$ en moyenne, selon le syndicat des labos américains. Quatre fois plus qu’il y a vingt ans ! Pour un biomédicament, il faut compter 1,2 milliard, car le travail sur des cellules modifiées coûte cher. Il faut y ajouter la facture des essais cliniques sur l’homme. Pour un traitement contre la maladie d’Alzheimer, ils reviennent à près de 20.000 € par patient. Or, un essai dit de ‘phase III’, passage obligé avant une mise sur le marché, peut mobiliser plusieurs dizaines de milliers de cobayes. Les budgets se chiffrent donc en centaines de millions d’euros, pour des résultats jamais garantis. L’américain Pfizer, numéro un mondial de la pharmacie, en sait quelque chose. En décembre dernier, il a annulé la sortie de son nouvel anticholestérol malgré un milliard US$ déjà investis : 82 patients étaient morts lors des tests. Une décision qui lui a fait perdre 21 milliards US$ de capitalisation boursière en une seule séance…

De tels enjeux ne peuvent qu’inciter les labos à la prudence. Pourtant, en 2006, l’industrie pharmaceutique a investi 55,2 milliards US$ dans la recherche, trois fois plus qu’il y a dix ans. De fait, certaines pathologies donnent lieu à de frénétiques courses au remède. C’est le cas du sida, pour lequel une trentaine de prototypes de vaccins, préparés par les meilleures équipes mondiales, abordent la phase des essais. Mais, à l’inverse, un scientifique aura du mal à intéresser un industriel à ses découvertes si leur potentiel commercial est insuffisant, quel que soit le bénéfice humain attendu.

Prenez le dichloroacétate (DCA). Des chercheurs de l’université d’Alberta (Edmonton, Canada) ont découvert début 2007 que cet acide pouvait soigner certains cancers : il a suffi aux chercheurs canadiens de faire boire du DCA à des rats pour que leurs tumeurs disparaissent en quelques semaines ! Mais le DCA ne peut pas être breveté, car il est dans le domaine public depuis très longtemps. Pour en faire un médicament, il va donc falloir investir (quatre à cinq années d’essais cliniques), mais sans espérer les juteuses royalties que procure la mise sur le marché d’une molécule ‘exclusive’. Autant dire que, pour financer leurs travaux, les chercheurs doivent beaucoup compter sur des organismes publics ou des fondations charitables. Leurs progrès s’en trouvent malheureusement ralentis.

 

L’Inde et ses cliniques low-cost

Bien évidemment, les industriels répercutent les coûts de développement sur les prix. Pour les pathologies rares, qui ne concernent souvent que quelques milliers de personnes, la facture peut être très salée. Première victime de ces tarifs : la sécurité sociale. En dix ans, la France a cumulé près de 52 milliards € de déficit de l’assurance-maladie. Et cela va continuer. La hausse des coûts est inéluctable, à cause du vieillissement de la population et de l’innovation thérapeutique.

La médecine de pointe sera-t-elle réservée aux riches ? Déjà, certains médicaments innovants ne sont pas remboursés, comme le Gardasil. Sorti en novembre dernier, ce vaccin développé par l’américain Merck prévient les trois quarts des cancers du col de l’utérus, qui provoquent le décès de près de 300.000 femmes par an dans le monde. Mais, à 435 € les trois injections, qui peut se le payer si ce n’est pas pris en charge ? Cette inflation a d’ailleurs déjà des conséquences étonnantes. Ainsi, en 2005, quelque 120.000 patients étrangers ont été hospitalisés dans les cliniques indiennes, et la demande est telle que le gouvernement de New Delhi pense tirer un milliard € de revenus de ce tourisme médical en 2012. Normal : là-bas, une opération du cœur coûte environ 3.000 €, dix fois moins qu’aux États-Unis…

D’après Capital - Juillet 2007

   
   
 
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