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Patrick Dheur, pianiste et Rotarien tout en harmonie

Patrick Dheur
Patrick Dheur
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Rotarien ‘de base’ depuis 1991, président du Rotary club Liège-Nord-Est à 37 ans, Patrick Dheur, aujourd’hui âgé de 48 ans, est sans doute le seul Rotarien pianiste professionnel de nos trois districts. Interprète reconnu dans le monde entier, il a joué aux quatre coins du monde et dans les plus grandes capitales. Son activité professionnelle intense ne l’empêche toutefois pas de rester très entreprenant sur le plan rotarien.

 

Pianiste-concertiste-compositeur, voilà une profession qui ne court pas les rues…

En effet, c’est un métier considéré comme quelque peu étrange, à notre époque. Je suis interprète – Chopin, Brahms et les romantiques en général font partie de mon répertoire – mais je suis également compositeur. Jouer sa propre musique fait référence à la tradition des musiciens du 19ème siècle (on était musicien si on était compositeur) et correspond parfaitement à mon credo artistique. Par la suite, au début du 20ème siècle, on a basculé dans une espèce de star-système avant la lettre, où de grands interprètes virtuoses étaient adulés, et les compositeurs souvent oubliés. Pour ma part, j’ai beaucoup de mal à tracer une frontière nette entre le travail d’écriture et celui d’interprétation. En étant impliqué dans mon art de façon globale, en tentant de me renouveler constamment, je dispose de plus de moteurs et de ressources dans la vie.

 

Vous avez joué un peu partout dans le monde et vous continuez à beaucoup voyager. Voyez-vous la musique comme un ‘passeport universel’ ?

Certainement. Je suis absolument convaincu du fait que, en tant que mode d’expression universel, la musique, quelle que soit sa forme, nous rapproche forcément. C’est un liant, un pont entre les hommes. Il y a peu, je suis me suis rendu en Algérie pour une session de travail avec un jeune orchestre local. À l’issue de la session, nous avons donné tous ensemble un concert qui a remporté un grand succès. Ce fut là une expérience mémorable, typique de ce que mon métier peut m’apporter.

 

Votre profession est donc indissociable de vos convictions humanistes ?

Oui, bien sûr, tout cela est intimement lié. Je m’efforce d’exprimer mes idées dans ma musique et dans les mots qu’il m’arrive d’écrire pour l’accompagner. Naturellement, ces convictions se retrouvent également dans ma démarche de Rotarien de base. Le Rotary est avant tout humaniste, mais c’est aussi un acteur local et international.

 

Justement, y a-t-il des points de jonction concrets entre votre métier et le Rotary ?

Oui. Dès lors qu’il s’agit d’organiser une manifestation de fundraising, les Rotariens pensent souvent au concert de musique classique. Je joue donc régulièrement (au moins une ou deux fois par an) dans le cadre de l’une ou l’autre action rotarienne. C’est pour moi une manière évidente de m’engager concrètement, mais il est bien évident que, sur le plan matériel, je veille toujours à bien séparer les deux aspects. Mon métier est une chose, le Rotary en est une autre. Je ne suis pas ‘le pianiste du Rotary’ !
Je garde évidemment un très beau souvenir des Conventions du RI 2005 (à Chicago) et 2006 (à Copenhague), puisque j’ai pu y interpréter ma ‘Rotarian Symphony’, notamment devant le président du RI Carl-Wilhelm Stenhammar, dont le grand-père était un célèbre musicien et compositeur.
Un an après la Convention de Chicago, je suis retourné sur place pour une nouvelle prestation, mais cette fois à Evanston, au pied du bâtiment du RI, où se trouve une très belle salle de concert, le Music Institute of Chicago. Le récital était organisé par le Rotary club Wilmette en faveur d’une association de lutte contre le sida en Zambie. Ce sont là des souvenirs extraordinaires, impérissables. J’ai aujourd’hui beaucoup d’amis, des Rotariens de base comme moi, dans la région de Chicago.

 

Comment est née cette fameuse ‘Rotarian Symphony’ ?

Tout à fait fortuitement. Au départ, c’est Guy Schurmans, lorsqu’il était président du Rc Liège-Nord-Est, qui m’a demandé d’écrire quelque chose pour le club. Je me suis alors mis en tête de composer une symphonie unificatrice et communicatrice, inspirée de notre idéal rotarien. Comme nous étions peu après les attentats du 11 septembre, j’ai commencé par un prélude américain, d’autant plus que les États-Unis, berceau du Rotary, tiennent une place importante dans ma vie de concertiste. La symphonie, pour piano et orchestre, compte cinq mouvements, dont la ‘Marche de la Concorde’, l’opus ‘Old Age’, une valse et, en finale, l’hymne du Rotary. Nous l’avons enregistrée avec l’orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie, et le CD est sorti en juin 2002. Il est d’ailleurs toujours en vente, les bénéfices étant reversés à la Fondation Rotary. Ceci dit, je me suis complètement dégagé de cet aspect-là : c’est un produit du club et non un produit personnel ; le club le négocie et le vend comme il l’entend, ce n’est plus de mon ressort. Mais, bien sûr, je joue encore la ‘Rotarian Symphony’ et il m’arrive même de l’interpréter en dehors du cadre rotarien. Je donne aussi des conférences dans les clubs sur ce thème.

 

Vous avez également publié un livre (*) il y a quelques années…

Effectivement. J’y évoque ma vie de musicien-concertiste et mon parcours humaniste. L’ouvrage contient aussi un CD. J’ai laissé volontairement de côté l’aspect plus technique de ma profession. Mon but n’est pas d’expliquer la musique ou le cheminement d’une composition : cela n’intéresse pas le grand public. Or, j’estime que la musique doit s’adresser à tout le monde.

 

Parlez-nous de vos nombreuses activités annexes…

Je m’occupe d’organisation de concerts via ma société de production. Je suis conseiller musical des ‘Soirées Musicales du Château de Modave’, directeur musical du festival ‘Musique à la Source’ de Chaudfontaine, et enfin président du Musée Grétry. En outre, les pianos historiques me passionnent et je m’occupe de l’entretien et de la restauration de plusieurs d’entre eux, notamment le piano Herz (1868) du Château de Modave, le piano à double clavier de l’ingénieur liégeois Hans, sans oublier celui d’André-Modeste Grétry, qui par ailleurs a également appartenu à Jean-Jacques Rousseau ! C’est un objet inestimable datant de 1780 (époque des tout premiers pianos), il en reste une quarantaine d’exemplaires dans le monde…
Au quotidien, ces activités annexes ne peuvent déborder la demi-journée car, en tant que pianiste en activité, je dois m’entraîner quatre ou cinq heures chaque jour. Les concerts restent ma grande priorité et je me dois d’être affûté lorsque je monte sur scène. En outre, le travail de composition me prend également beaucoup de temps.

 

Quel sera votre prochain concert dans le cadre rotarien ?

Il aura lieu ce 18 mai au Château de Modave, un endroit exceptionnel. Il s’agit en fait d’un double concert organisé par les clubs de la zone 5 du D 1630. La cheville ouvrière en est Guy Schurmans. Il y aura tout d’abord une présentation du fameux piano Herz, une conférence-concert, en quelque sorte, qui sera suivie d’un autre concert où je jouerai cette fois sur un Steinway classique, entouré d’un quintette à cordes. Une pièce sera jouée deux fois, ce qui permettra au public de percevoir les différences de sonorité entre les deux instruments.

 

Vous avez rejoint le Rotary très jeune. Avez-vous perçu une évolution ?

En 17 ans, j’ai l’impression d’avoir appris beaucoup sur le Rotary et de savoir maintenant comment ‘respire’ un club de base, avec ses membres jeunes et moins jeunes, les moments de joie et de déception, d’attente et d’action… L’engagement rotarien suit les courbes de la vie privée : vous êtes forcément moins actif sur le plan rotarien lorsque vous avez un enfant en bas âge ou une activité professionnelle très intense, par exemple. Mais ces choses-là évoluent et il faut considérer son profil rotarien comme étant en perpétuel mouvement.

Denis Crepin
(Propos recueillis le 26/03/2008)

(*) La musique du bout des doigts (Éd. Luc Pire)

Info : http://dheur.org – Info concert 18/05 : Guy Schurmans 0496 50 81 25

   
   
 
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