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Dans les mystères de l’Ordre de Malte

‘Annonce du décès de Son Altesse Éminentissime le 78ème Prince et Grand Maître Fra’ Andrew Bertie le 7 février 2008.’ Le libellé de ce message de l’Ordre de Malte sur son site internet donne le ton. C’est aussi sur le site que le nom du nouveau Grand Maître a été dévoilé : Fra’ Matthew Festing. Un événement, puisque celui-ci est nommé à vie. L’Ordre conjugue donc sans complexes modernité et chevalerie. Il est une curiosité à plusieurs égards…

Cette étrange institution nous vient de la nuit des temps… ou presque. Il y a 900 ans environ qu’elle a commencé ses activités sous le signe de la chevalerie et de la noblesse pour secourir et protéger les pèlerins de Jérusalem. Sa mission est donc triple : hospitalière, militaire et chrétienne. Ce que résume sa devise Tuitio Fidei et Obsequium Pauperum, protection de la foi et assistance aux pauvres.

En 1113, le Pape donne son indépendance à l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem. Indépendance qu’il a toujours ! L’Ordre, dit de Malte aujourd’hui, est donc un sujet de droit international public. Il bat sa monnaie, émet timbres et passeports, il a ses propres institutions et sa constitution (réformée en 1997). Bref, c’est un État souverain, mais qui n’a plus de territoire depuis 1798. Il bénéficie d’un statut d’extraterritorialité à Rome, c’est-à-dire que l’Italie laisse s’exercer l’autorité de l’Ordre sur une petite partie de son territoire (quelques milliers de m²).

L’Ordre de Malte entretient des relations diplomatiques avec plus de 100 pays, dont l’Allemagne, la Belgique, la France, la Suisse… Il est représenté officiellement auprès de la Commission européenne et il délègue des observateurs permanents auprès des grandes organisations internationales comme l’ONU. L’une des principales particularités de l’Ordre tient dans son statut : il est la seule structure gouvernementale au monde à vocation humanitaire.

État souverain, l’Ordre de Malte est aussi un ordre religieux. Il est lié au Saint-Siège. Le Grand Maître est d’ailleurs cardinal aux yeux de l’Église romaine. Toutefois, c’est un ordre religieux laïc, ce qui veut dire que ses membres sont aussi bien des religieux que des laïcs. Il a abandonné toute activité militaire. Neutre et apolitique, il peut ainsi jouer un rôle de médiateur entre des États en conflit.

L’Ordre de Malte est composé d’un gouvernement siégeant à Rome, de six grands prieurés, de prieurés, de sous-prieurés et de 47 associations nationales. L’ensemble gère les activités opérationnelles de l’Ordre. Au cours de son histoire, il a été très riche. Il recevait des donations et même des terres de la part de la noblesse, qui l’appréciait énormément. Au 14ème siècle, il reçoit la plupart des biens de l’Ordre des Templiers, dissout par le Pape. À Malte, au 17ème siècle, il accumule œuvres d’art et livres. Ses membres étant issus de la noblesse, on imagine bien qu’en 900 ans, dons et legs ont constitué un fameux capital. Mais la Révolution française va entamer ce trésor puisque les biens français de l’Ordre sont confisqués et le grand prieuré dissout, alors que la France est l’un des pays clefs de l’organisation.

Si l’on sait que l’Ordre de Malte possède des biens immobiliers et un capital alimenté par les donations, les legs et les produits financiers, il est difficile d’évaluer précisément le montant que cela représente. L’Ordre est très discret sur l’état de ses finances et de son patrimoine global. L’un des rares chiffres communiqués sont les 900 millions US$ dépensés en 2006 dans le monde pour ses activités. L’Ordre n’aurait aujourd’hui plus de richesses… Les associations nationales publient chaque année leur propre bilan financier. En Belgique, les recettes se sont élevées à 747.000 € en 2006, dont 513.000 de dons et legs, 35.000 de cotisations des membres et la même somme de subsides. Les dépenses ont atteint 726.000 €, le poste le plus important étant les deux maisons pour les personnes sans-abri, à hauteur de 256.000 € (voir ci-dessous).

 

Mission historique : ‘secourir et soigner’

Chaque association nationale de l’Ordre de Malte a évidemment sa branche hospitalité. En Belgique, elle s’appelle Malte Assistance et est gérée par l’Hospitalier Martine Jonet. Les activités sont très diversifiées mais répondent au principe fondateur de l’Ordre : aider les blessés de la vie. Le service de La Fontaine accueille ainsi des sans-abri dans deux maisons, l’une à Bruxelles, l’autre à Liège. Une troisième va ouvrir cette année en Flandre. Des camps d’été pour enfants, des pèlerinages, des week-ends sont aussi organisés. Dans chaque province, une aide aux malades est apportée auprès de diverses institutions médicales.

Dans son ensemble, l’Ordre rassemble 12.500 membres et plus de 80.000 bénévoles. Il n’y a pas de critères particuliers pour le devenir si ce n’est vouloir travailler dans l’esprit (catholique) de l’Ordre. Malte Assistance n’organise pas non plus de campagnes de ‘recrutement’. ‘Nous sommes très soucieux de dépenser le moins d’argent possible. Nous publions une brochure par an, c’est tout. Les bénévoles affluent d’eux-mêmes, c’est surtout le bouche-à-oreille qui fonctionne’, explique Martine Jonet. Les associations nationales sont indépendantes les unes des autres, mais elles se réunissent une fois par an pour un séminaire de trois jours. Ces dernières années, l’Ordre met aussi l’accent sur l’aide internationale d’urgence suite à des catastrophes. Malteser International a ainsi vu le jour en 2005.

Aujourd’hui, l’Ordre de Malte se consacre donc exclusivement aux activités caritatives. S’il reprend parfois ‘les armes’, c’est uniquement pour un combat juridique. Particulièrement à l’encontre des faux ordres qui se réclament d’une filiation à l’Ordre Souverain de Malte. Ils utilisent des symboles et des noms proches de ceux de l’Ordre. Et ce qui pose surtout problème, c’est qu’ils sont bien loin des valeurs que l’Ordre est fier d’avoir mises en place en 900 ans.

L’Ordre soigne sa réputation avec les moyens modernes, tout en conservant une certaine discrétion laissant la part belle au mystère historique des chevaliers.

D’après L’Écho - 15/03/2008

 

Quatre questions au Prince Baudouin de Mérode, président de l’association belge de l’Ordre de Malte

Comment devient-on membre de l’Ordre de Malte ?

Soit parce qu’on vous le propose, soit par envie personnelle. Cela implique une période de probation de minimum un an sur le plan religieux et la participation active aux services hospitaliers. Au bout de cette période, l’association nationale transmet le dossier de candidature au Grand Maître, qui décide de recevoir ou non le candidat. Aux alentours de la Saint Jean, le 24 juin, il y a une célébration eucharistique où sont appelés les candidats reçus dans l’Ordre. Actuellement, il y a 250 membres en Belgique.

 

Qui crée les associations nationales et quelles sont les relations avec le Grand Magistère ?

Il faut 15 membres résidant dans le pays et ayant la nationalité pour pouvoir créer une association nationale. Les associations sont très autonomes, notamment sur le plan financier. Nous n’avons pas de compte à rendre ni à l’Ordre ni aux autres associations nationales. La seule obligation est de respecter les préceptes fondateurs de l’Ordre. Dans certains pays, les associations ont des moyens considérables.
L’association allemande possède des hôpitaux, des hélicoptères, grâce aux subsides importants de l’État fédéral. En Belgique, nous avons des moyens bien plus modestes, nous fonctionnons essentiellement avec des dons privés.

 

Les associations ne doivent rien verser à l’Ordre ?

Ah si, bien sûr ! Il faut bien que l’Ordre puisse assurer ses obligations et être actif. Chaque année, une partie de la cotisation des membres part au Grand Magistère à Rome. Cela fait partie des règles.

 

À une époque, l’Ordre de Malte était très riche. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Aujourd’hui il ne reste que très peu de choses. L’Ordre est propriétaire de son palais Via dei Condotti à Rome et du Château Saint Ange à La Valette (Malte). Mais il n’a plus de richesses. L’Ordre vit essentiellement de dons, d’héritages, de cotisations, mais il n’a plus de fortune significative.

   
   
 
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